Œuvres complètes bilingues de Pèire Cardenal

XXXI
Pels clercs es apellatz herege ...

(Sirventes. )
- après 1229 -
( Sirventès )

I

Pels clercs es apellatz herege qui ne jura
Segon la lor razon d'engan e de faussura;
E tenen per nien la sainta escriptura,
Qu'a tota hora menten laidament sens mesura
E volen qu'om los trob figlos plens de dreitura.

1

Par les clercs est appelé hérétique quiconque ne jure pas
selon leur discours de tromperie et de fausseté.
Ils ne font aucun cas de la Sainte Ecriture ,
car à toute heure ils mentent honteusement et sans mesure
et veulent qu'on les considère comme gaillards pleins de droiture.

II

Lor avers es tant grantz que ne-l podent escondre,
Mas nuls ne lor demand, que n'i degnent respondre
E fugent alcun si ne-l podent raire ho tóndre,
Peri no se vei qui les honisc'e deshóndre
Et om les soste quant les deuría confóndre.

2

Leur richesse est si grande qu'ils ne peuvent la cacher,
mais que nul ne leur demande, car ils ne daignent y répondre
et ils fuient ceux qu'ils ne peuvent ni raser ni tondre.
Pourtant il ne se voit personne qui les honnisse et déshonore
et on les soutient quand on devrait les accabler.

III

Ieu ja non auzirai quella faussa clergía
Que non onren ne Deu ne la vergen María
Et en ditz et en fatz son pejor cascun día!
Et aquel que les crey ne que en lor se fía
Troba-ls voidz de merce e sensa cortesía.

3

Ce n'est pas moi qui écouterai tous ces faux clercs
qui n'honorent ni Dieu ni la Vierge Marie
et qui, en paroles et en actions, sont pires chaque jour.
Celui qui les croit et leur fait confiance
les trouve vides de pitié et totalement grossiers.

IV

Il son plen de folor e d'orguelh e d'ufana
Aquest mestre pastor de la gleisa romana.
Il son faus e truand vers la gent crestiana.
Qui reignet entre lor a volontat trafana
E mostran mal labor set jorns de la semmana.

4

Ils sont pleins de folie , d'orgueil et d'arrogance
ces maîtres pasteurs de l'église romaine.
Ils sont faux et fripons envers la gent chrétienne.
Quiconque vécut parmi eux a volonté perfide
et ils étalent leur mauvais travail les sept jours de la semaine.

V

Tau mal labor fan tuit en ditz et en parvensa,
Aquil gasta-conduitz, figlo de descrezensa,
De qui leutatz s'enfuy e vera penitensa:
En lor troben reduit tuit mal e mantenensa,
E tuit ben son destruit en lor obediensa.

5

Tel est le mauvais travail qu'ils font tous en paroles et en conduite,
ces ripailleurs , fils mécréants,
de chez qui la loyauté s'enfuit ainsi que la vraie pénitence .
En eux, tous les maux trouvent refuge et soutien
et tous les biens sont détruits dans leur obédience.


NOTES: Ce sirventès de P.C. est resté inédit jusqu'en 1950. Il ne se trouve que sur un seul manuscrit, déchiré de surcroît et le début de presque tous les vers a dû être reconstitué. (ici en couleur plus claire)
Il semble contemporain de la mise en place effective de l'Inquisition par les Dominicains.(En 1229, le pape fit de l'Inquisition une juridiction régulière.)
 
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